Addictions, aux marges de nos mondes?

Société
Grand Palais, Lille
Du jeudi 4 juin 2015 au vendredi 5 juin 2015

jeudi 4 juin 2015
de 08:30 à 09:00
Ouverture des Journées
de 09:00 à 10:30
Introduction

Jean-pierre COUTERON, Président de la Fédération Addiction 

de 10:30 à 12:30
L'addiction: construction d'un objet d'appui pour une neutralisation du Sujet

Nathalie LATOUR, Déléguée générale, Fédération Addiction
Alain BADIOU, philosophe, romancier et dramaturge

de 12:30 à 14:00
Repas
de 14:00 à 14:45
Alcoolisations massives chez les jeunes : quelles réalités ? Quels enjeux?

Amine BENYANIMA, Psychiatre-Addictologue, Hôpital Paul Brousse (94)
Jean-Michel DELILE, Psychiatre, Directeur du CEID (33)
François BECK, Directeur de l’OFDT, co-auteur du livre « Adolescences ? Comprendre vite et mieux » (75)

de 14:45 à 15:30
Déviance et conformité sociale : le poids des entrepreneurs de morale ?

Martine LACOSTE, Directrice de Clémence Isaure (31)
Christian ANDRÉO, Directeur Plaidoyer, Communication & Fundraising, Association AIDES (75)
Michel KOKOREFF, Sociologue, Professeur des universités à Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (75)
Emmanuel HIRSCH, Professeur d’éthique médicale, université Paris Sud (sous réserve)
Fabrice OLIVET, Directeur, Association ASUD (75) (sous réserve)

de 15:30 à 18:15
De Pascasius au Casino : les mille visages de la clinique

Olivier COTTENCIN, Université Lille 2 – CHRU de Lille – Service d’Addictologie
Marc VALLEUR, Psychiatre et Médecin-chef de l’hôpital Marmottan
Louise NADEAU, Professeure titulaire au Département de Psychologie de l’Université de Montréal, Chercheuse associée à l’Institut universitaire de santé mentale Douglas McGill University

vendredi 5 juin 2015
de 09:00 à 09:45
Sportifs ou salariés, vers la recherche de performance

Samuel TOURBEZ, Responsable du Pôle Prévention-Santé Publique (EPICéA) Département du Nord, Chargé de cours en psycho-sociologie de la santé et de la prévention à Lille 3 et à l’Université Catholique de Lille
Patrick LAURE, Médecin en santé publique (75) 
Pascal NOUVEL, Docteur en sciences et en philosophie, Professeur de philosophie, Université Paul Valéry (34), Directeur du Centre d’Ethique Contemporaine 

de 09:45 à 10:30
Addiction et soins, les lignes bougent… des outils au service des acteurs

Véronique VOSGIEN, Psychiatre Addictologue,  CH de Lens (62)
Hélène BEAUNIEUX, Professeur de Neuropsychologie (14) – Cerveau et addiction : les troubles neuropsychologiques pour les nuls
Alain MOREL, Directeur Général Oppelia (75) – Nouvelles stratégies de traitement et de collaborations thérapeutiques
Xavier AKNINE, Médecin, référent du pôle MGA au sein de la Fédération Addiction (75) – Primo-prescription de méthadone en ville, Baclofène… articulation et diversité des réponses médicales

de 10:30 à 11:00
Pause
de 11:00 à 11:45
Primum non nocere s’applique-t-il à la prévention ?

Pierre ARWIDSON, Directeur des affaires scientifiques, INPES (75)
Fabrizio FAGGIANO, Department of Translational Medicine, Université Avogadro, Italie
Ulrich VANDOORNE, Responsable prévention SDIT (71)
Christine TELLIER,  Directrice de l’Apleat et Nicolas Baujard, Chef de service (41)

de 11:45 à 12:30
Politique des drogues : envisager de nouvelles stratégies innovantes

William LOWENSTEIN, Médecin interniste, Addictologue, Président, SOS Addictions (75)
Didier JAYLE, Professeur du Cnam (chaire d’addictologie), directeur de la revue Swaps (Paris)
Christian BEN LAKHDAR, Économiste, Université de Lille 2, LEM UMR 9221, CNRS (59)
Jean-Félix SAVARY, Secrétaire général du GREA , Suisse
Michel KAZATCHKINE, Membre de la global commission on drug policy, Envoyé spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour le sida en Europe orientale et en Asie centrale (sous réserve)

de 12:30 à 14:00
Repas
de 14:00 à 16:30
Évolution des comportements et regards sociaux : petits arrangements avec la norme

Éric FASSIN, Sociologue, Université Paris-8 Vincennes – Saint-Denis
Jean-François BAYART, Politiste, Graduate Institute de Genève, Université  Mohammed VI Polytechnique de Rabat

Grand Palais, Lille

La notion de marge s’invite encore et toujours quand il est question d’addictions, tant ces pratiques renvoient (trop) souvent à l’excès, au risque, à la transgression, à la maladie, à la mort, tant elles évoquent (trop) souvent la figure du marginal, du « précaire », de l’exclu, qui se met en retrait de « notre » monde, trouvant refuge dans l’oubli de l’ivresse et/ou de la défonce.

Cependant, alors qu’augmente le nombre de ceux qui cumulent la pauvreté, la misère, la précarité sociale, les pathologies psychiques, auxquelles parfois, s’ajoutent les conduites addictives, augmente également le nombre de ceux qui, loin de toute difficulté sociale et/ou économique, usent, ou abusent, des substances psycho actives ou autres objets d’addiction « sans substances ».
Les premiers tentent, dans le recours au « briseur de soucis », de s’aménager un rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde qui fait taire l’insupportable, essayant d’y trouver une façon de se soigner. Les seconds trouvent dans la « magie chimique » matière à mieux tenir leur rôle dans un jeu social où, seuls gagnent ceux qui « performent » et réussissent.

Mais le monde des addictions ne se limite pas à ces deux extrêmes, la diversité des usages et pratiques conduit à une quantité d’expériences qui sont autant d’expressions des multiples fonctions que peuvent remplir les pratiques addictives, de l’hédonisme à l’auto médication, qu’elles aient pour objet, les drogues, l’alcool, le jeu ou les nouvelles technologies.
Si notre société pousse et incite à ces usages, la propension ontologique de l’Homme à chercher dans l’expérience psychotrope l’accès à d’autres états de conscience que ceux de la « normalité », en crée d’autres formes, non problématiques, voire socialement acceptables et valorisées.

Ainsi, quand le regard balaye le paysage des addictions, il découvre tant de reliefs qu’il lui est impossible d’en tracer une carte homogène. Quand la Science de l’Homme tente d’en produire une définition unique elle butte sur l’impossibilité d’y enfermer leurs multiples nuances.
Le spectre des pratiques est infiniment large et complexe, allant d’usages individuellement et socialement hautement « problématiques » à d’autres qui apparaissent comme acceptables voire « raisonnables ». Faire face aux usages excessifs et/ou pathologiques ne requiert pas les mêmes attitudes que faire face aux usages régulés et « raisonnables » et de la définition de ce que pourrait être l’usage acceptable ne doit pas naitre une nouvelle marge visant ceux dont l’usage ne l’est pas.

Les « addictologues », qu’ils préviennent, accompagnent, soignent ou insèrent, qu’ils agissent sur le corps ou sur l’esprit, sur l’être individuel ou social, ont dû faire évoluer leurs pratiques et leurs postures pour s’adapter aux besoins et aux attentes des usagers.
Si leur rôle politique est bien de contribuer à un contenant social plus adapté à l’ensemble des pratiques d’usage, ils doivent aussi prendre garde à n’être pas prescripteurs de nouvelles normes qui définiraient un « bien consommer », et excluraient ceux qui, consciemment ou non, par choix ou par nécessité, n’y souscrivent pas ou ne les respectent pas.

Car un autre rôle fondamental, propre à tout soignant, est de proposer de nouvelles approches, de nouvelles pratiques, pour anticiper et accompagner les usages, pour en prévenir les risques et en soigner les conséquences, mais aussi pour :
• Veiller à ce que « les » dispositifs ne s’enferment pas sur les publics adaptés, en excluant d’autres.
• Penser et agir une prévention qui s’appuie sur les expériences et les compétences de ceux auxquels elle s’adresse.
• Poser les contours et les modalités d’une éducation préventive qui permette aux familles de ne pas perdre le fil de la relation à leurs enfants et d’installer les conditions de possibilité d’une estime de soi protectrice et auto régulatrice.
• Développer les pratiques d’intervention précoce, là où ont lieu les consommations, afin que celles ci ne deviennent pas problématiques.
• Ouvrir les pratiques de soin aux alliances thérapeutiques construites sur l’expertise des usagers et leurs capacités à être producteurs de leur propre changement.
• S’interroger dans une logique de Réduction des Risques, sur les publics qui ne s’adressent pas aux dispositifs, afin qu’ils puissent être rencontrés.
• Se questionner sur les échecs, les ruptures de parcours pour tenter d’en comprendre les causes et y apporter des solutions qui y remédient.
• Rester attentifs aux initiatives citoyennes qui tentent de réinventer le lien social.

Ces deux rôles invitent à interroger les normes et à redéfinir les règles pour contribuer à la réduction des marges dans lesquelles sont enfermées les pratiques addictives, mais aussi et surtout, ceux qui les agissent. C’est à ce projet ambitieux mais nécessaire que nous nous attacherons lors de ces Journées…